• Paris en ligne: La ruée vers l'or des bookmakers

    L'ouverture du marché français des paris sportifs sur Internet intervient alors que le développement du secteur bat son plein, attirant de plus en plus des traders venus de la finance.

    Amoins d'un rebondissement de dernière minute, l'édition 2010 du tournoi de tennis de Roland-Garros, qui commence ce dimanche, devrait passer au travers de l'ouverture effective du marché français des paris sportifs sur Internet, programmée pour le coup d'envoi de la Coupe du monde de football. Pour la petite histoire, le projet gouvernemental avait été annoncé deux ans auparavant dans l'enceinte même du « French Open », porte d'Auteuil à Paris. Mais, ouverture ou non, les opérateurs étrangers, certains d'entre eux étant ouvertement intéressés pour une autorisation d'opérer en France, n'en sont pas moins déjà mobilisés sur l'événement… Si le football est roi sur la Toile, pouvant représenter jusqu'à 80 % de l'activité de certains acteurs, le tennis constitue, il est vrai, l'un de leurs principaux supports après le ballon rond. A titre d'exemple, il génère 14 % des mises pour l'irlandais Paddy Power, partenaire exclusif du PMU dans le cadre de la diversification du groupe de paris hippiques, qui fait des paris sportifs un « relais de croissance ».

    Car, c'est un fait incontestable, le secteur a la cote ! En l'espace de quelques années, certaines jeunes pousses de la « nouvelle économie » de la fin des années 1990 ou du début des années 2000 ont pris une dimension européenne, voire mondiale, tandis que de vieux bookmakers britanniques se sont offert une nouvelle jeunesse grâce à Internet. Créé en 1997, Bwin réalise ainsi plus de la moitié de son activité avec les paris sportifs (226,3 millions d'euros de revenus bruts en 2009), sachant que ce groupe d'origine scandinave et coté à la Bourse de Vienne est également opérateur d'autres jeux sur Internet (poker, jeux de casino…).

    900 millions d'euros

    Autre exemple, BetClic, créé à Londres en 2005 par des Français, intervient aujourd'hui dans quinze pays européens -dont la France -et assure figurer dans le Top-5 sur le Vieux continent, tout en revendiquant le statut de « numéro un français du secteur avec plus de 2 millions de joueurs ». Sa prise de contrôle par le holding Mangas Gaming, codétenu par l'homme d'affaires Stéphane Courbit et la Société des Bains de Mer, a fait office d'accélérateur de croissance. Paddy Power témoigne également de l'explosion du marché : né de la fusion en 1988 de trois bookmakers, l'opérateur irlandais, qui fête ce mois-ci ses dix ans de paris sportifs sur Internet, réalise aujourd'hui autant de revenus avec cette activité qu'avec les paris hippiques en ligne.

    Dans ce panorama, la France est loin d'être « la belle endormie ». « Il y a de l'appétence », constate notamment le responsable marketing paris sportifs du groupe Française des Jeux, Antoine Beghin, qui ne croit pas toutefois à l'eldorado : « 7 à 8 % des Français de plus de 18 ans ont joué au moins une fois au cours des douze derniers mois. Au Royaume-Uni, le taux de pénétration est de 15 %. Le potentiel est là. Les paris sportifs ne seront jamais un jeu grand public comme le Loto, dont le taux de pénétration dépasse 30 % », analyse-t-il. Mais le marché hexagonal est déjà d'une taille respectable. Selon ce même expert, le total des mises tous opérateurs confondus aurait atteint 900 millions d'euros en 2009 pour 600.000 joueurs, le chiffre d'affaires de la Française des Jeux dans ce domaine étant de 43 millions pour 120.000 clients.

    Dans la perspective de la libéralisation, ce dernier n'en a pas moins déjà considérablement musclé son offre en novembre dernier, le nombre de paris en ligne proposés par semaine étant alors passé de 150 à 1.500 ! Il continue même de renforcer son équipe de « traders », en se dotant notamment de spécialistes des paris en direct, désormais autorisés par la loi. Un sacré levier en termes de développement. La Française des Jeux, qui vise désormais les 4.000 paris par semaine, compte en conséquence porter « assez vite » à une quarantaine de personnes l'effectif de son département paris sportifs (qui couvre aussi l'activité réalisée à travers son réseau de points de vente), contre une trentaine actuellement. Et les candidatures ne manquent pas.

    Salles de marchés

    Car le succès de ce secteur est aussi tangible par sa capacité à attirer de jeunes diplômés, passionnés de sports, pour étoffer des « desks » qui ne sont pas sans rappeler les salles de marchés du monde financier avec leurs batteries d'ordinateurs et leurs traders. « Il y a certes des similitudes avec l'univers des traders de la finance. Notre métier est à risque, stressant. Nous fonctionnons 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Mais nous ne sommes pas dans la même catégorie question salaires et bonus. Et il y a chez nous une certaine légèreté, c'est un milieu de jeunes », souligne notamment le responsable du département football de BetClic à Londres (une vingtaine de personnes au total). Julien, un Français de vingt-neuf ans, qui pourrait presque faire figure d'anomalie. Entré par hasard chez l'opérateur britannique début 2006, alors qu'il cherchait un travail à Londres, ce diplômé d'études d'histoire et de journalisme a été formé sur le tas et fait figure d'« ancien » malgré son jeune âge. « Au départ, BetClic avait fait le pari de prendre des jeunes sans expérience. Et cela a marché. Mais aujourd'hui, nous ne pouvons plus fonctionner de cette manière », ajoute-t-il.

    L'entreprise, qui a « changé de dimension », reçoit de surcroît « depuis deux ans de plus en plus de CV de traders de la finance, passionnés de sport ». Un phénomène constaté par tous les professionnels. « On voit beaucoup de "Dauphinois" », observe ainsi le responsable cotation information sport de la Française des Jeux, Cyril Journo, lui-même un ancien de Dauphine (DESS finances) et un pionnier des paris sportifs en France. Après une expérience dans la banque, il a créé une start-up avant d'être débauché en 2002 par l'opérateur public. Pour lui, le bon profil du « trader junior » se résume à 4 points cruciaux : « Bac + 4, un esprit non réfractaire aux maths, une bonne mémoire et un sens de l'éthique. »

    Quant aux seniors, ils sont pris à la concurrence, le modèle social français pesant lourd, assure-t-il, dans la balance. « Tous les traders expérimentés sont surpris qu'il n'y ait pas de part variable dans les rémunérations chez nous. On va peut-être y venir. Mais leur grosse surprise, c'est que nous, nous respectons le Code du travail ! On ne peut pas tourner 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, sans respecter les gens, d'où le renforcement des équipes et une polyvalence des traders », insiste Cyril Journo. Cela étant, la traversée de la Manche reste d'actualité. Dans le cadre de son partenariat avec le PMU, Paddy Power vient d'ailleurs de recruter un jeune Français, spécialiste de l'informatique de gestion dans le milieu bancaire, qui travaillait jusqu'à présent dans le groupe Caisse d'Epargne.

     

    Source: Lesechos


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